vendredi 30 mars 2012

L'eau de Chatel-Guyon mise en bouteille !!!



A l'ombre des établissements thermaux se développe une forme d'utilisation des eaux minérales souvent oubliée, ou pour le moins considérée comme secondaire : l'embouteillage. Dans le cas précis de la société des eaux minérales châtel-guyonnaise (S.E.M.) cette exploitation du potentiel hydrominéral occupe une place considérable.
L'ambiguïté soulevée par la possibilité de bénéficier des bienfaits curatifs de l'eau châtel-guyonnaise, sans avoir l'obligation de se déplacer à la station, ne semble pas constituer un facteur limitant à la volonté des administrateurs de la société de chercher à augmenter la production de bouteilles d'eau minérale. Le succès de la vente de l'eau en dehors de la ville incite même les dirigeants de l'entreprise à diversifier leurs activités en créant peu à peu "L'omnium des Constipés".
Une exploitation délicate : la cure à domicile.
Jusqu'en 1878, l'embouteillage développé par les consorts Brosson est demeuré artisanal. Avec l'arrivée de François Brocard, cet aspect disparaît pour être remplacé par la gestion et l'organisation industrielle, reléguant ainsi dans le passé une expédition d'eau n'ayant pas atteint les objectifs qui lui étaient assignés : fournir des recettes et une propagande efficace.
Si la S.E.M. a apporté une vision plus moderne et plus ambitieuse de ce que doit être une véritable industrie d'embouteillage, elle s'est heurtée à de nombreuses difficultés venant contrecarrer ou ralentir sa volonté de succès. En dépit de la volonté de François Brocard de limiter les dépenses lors des améliorations apportées aux moyens de production, en 1878, certains débours d'argent ne peuvent pas être évités. l'embouteillage nécessite donc une nouvelle structure. Sous la direction précédente de Camille Brosson, le local pour la mise en bouteilles était accolé à l'établissement thermal, il se composait d'une seule pièce de dimensions très réduites. Lors de la réorganisation des thermes, cette installation est démolie pour être transportée au rez-de-chaussée de l'ancien bâtiment d'administration de Jules Barse.


Rapidement la partie exiguë du bâtiment réservée à l'embouteillage est insuffisante, dès 1880 le gérant de la S.E.M. est donc dans l'obligation d'élever un édifice spécialement réservé à cette activité. La construction est proche de la localisation précédente, elle est attenante à l'ancien établissement de La Vernière.
L'emplacement de l'usine d'embouteillage n'a pas été fondamentalement modifié jusqu'en 1914. seuls des agrandissements ont été imposés en raison de l'ampleur prise par cette branche de l'exploitation. La présence d'une ligne secondaire de chemin de fer aboutissant à Châtel-Guyon en 1912 amène le docteur Pessez à étudier un nouvel emplacement plus à même de faciliter le
transport des bouteilles du domaine de la S.E.M. vers la gare. En 1913 la société acquiert un terrain à proximité du terminal ferroviaire à Châtel-Guyon, les plans sont dressés mais la déclaration de la Première Guerre Mondiale met provisoirement un terme à ce projet, dont l'inconvénient majeur réside dans l'éloignement du lieu où jaillit la source Gubler : émergence adoptée par François Brocard pour alimenter l'embouteillage.

Pourquoi avoir opté pour la source Gubler ?
La réponse nous apparaît lors de l'analyse des conditions nécessaires à l'installation idéale d'un complexe pour embouteiller l'eau aux vertus thérapeutiques.
Pour qu'une eau minérale conserve ses propriétés médicales, conditions sine qua non de la réussite de son exportation, il est indispensable qu'elle ne subisse aucune altération chimique. L'eau Gubler a au griffon une température de 32 °C ce qui lui permet de maintenir en dissolution une grande quantité d'acide carbonique mais d'autre part, elle est assez chaude pour qu'en jaillissant à la surface, elle laisse dégager en abondance cet acide à l'instar de certaines eaux bouillonnantes. Cela lui donne par rapport à d'autres sources plus chaudes de Châtel-Guyon une fixité relative, lui permettant ainsi de conserver plus longtemps sa limpidité. L'eau en provenance de la source Gubler apparaît être le liquide idéal pour l'embouteillage ; la valeur thérapeutique de cette eau minérale et sa quantité importante incitent François Brocard à consacrer la quasi totalité de cette source pour la mise en bouteilles. De même le nom de Gubler est appelé à devenir la marque déposée de la S.E.M.. Le choix de cette dénomination n'a pas été effectué au hasard ; outre ses conclusions flatteuses concernant les vertus de l'eau châtel-guyonnaise, le professeur Gubler est l'auteur "d'études méthodiquement poursuivies, des expériences physiologiques dans les laboratoires chimiques auprès des malades prouvant que les eaux de Châtel-Guyon pouvaient être transportées‘ et que le transport ne les altérait pas et qu'elles conservaient après comme avant l'intégrité de leur action thérapeutique".
Son nom a été largement répandu grâce à la S.E.M. puisque la marque déposée de la société pour ses productions est : Châtel-Guyon - Gubler.
François Brocard et ses successeurs ont à leur disposition une matière première de grande qualité pour la mise en bouteilles. La pertinence du choix effectué des 1879 par le banquier Brocard concernant la source attribuée à l'embouteillage est confirmée par le maintien de cette disposition jusqu'à la Première Guerre Mondiale. Toutefois les dirigeants de la S.E.M. ont eu l'obligation de créer et de maintenir une technique pour le captage, le remplissage et la maintenance des bouteilles de qualité impeccable pour éviter la vente d'un produit défectueux.
Performance et contre-performance de l'embouteillage : Une fois sélectionnée la source la plus adéquate pour fournir l'eau destinée à remplir les bouteilles vendues sous la marque de la S.E.M., se pose la question des méthodes à utiliser pour conduire ce liquide guérisseur au contenant permettant de le diffuser à travers la France voire même à une plus grande échelle à travers le monde. Les opérations diverses et successives employées par la société et visant à produire un nombre suffisant de bouteilles d'eau minérale apparaît infaillible.

En 1908 l'eau embouteillée Gubler est connue à travers le monde (+ de 800000 bouteilles sont vendues): en Amérique Latine, en Russie ...
Comment une telle popularité a-t-elle vu le jour ?

En 1878 il est incontestable que l'eau châtel-guyonnaise ne perçoit pas des dividendes à la hauteur de sa valeur. Pour remédier à ce vide, le duo fondateur de la S.E.M. utilise parmi d'autres méthodes d'exploitation une industrie de mise en bouteilles à vocation publicitaire et financière. L'eau de Châtel-Guyon une fois qu'elle est enfermée dans le verre chargé de la protéger doit être diffuser à travers la France et le monde. Souvenons nous que depuis 1855 la ville voisine de Riom dispose d'une gare. Le chemin de fer devient donc la base du transport des productions de la société. Cependant une complication apparaît en ce qui concrne l'obligation de couvrir la distance séparant le val thermal châtel-guyonnais de la ligne ferroviaire. La S.E.M. emploie le même procédé que celui utilisé par Camille Brosson : des chariots sont utilisés exclusivement pour le transport des bouteilles de la station thermale à la gare. Les conducteurs ne sont autres que les embouteilleurs. Selon les indications glanées à l'intérieur du journal de la S.E.M., les expéditions seraient hebdomadaires. La toile de plus en plus complète tissée par le chemin de fer à travers la France depuis le milieu du XlXème siècle permet de desservir les agglomérations françaises les plus importantes. Le problème du transport étant résolu, se pose ensuite la question du moyen à employer pour entrer en contact avec le client potentiel. Pour cette ultime étape, la S.E.M. traite avec les entrepositaires chargés de diffuser la plupart des eaux minérales produites en France et à l'étranger.


Cet encart publicitaire est archivé à la S.E.M. de Châtel-Guyon La marque aux deux bouteilles renversées est la marque déposée de la S.E.M. A noter les indications rayonnantes, la première en haut à gauche est la constipation, spécialisation reconnue des eaux de Châtel-Guyon, aussi les "colonialites" reconnues au début du XXème siècle une des series d'affections susceptibles d'être guéries par l'eau Gubler sont également mises en exergue.


Dès 1903 s'ajoute des sous-produits : comprimés et pastilles digestives "L'omnium des Constipés" destinés à concurrencer les produits MATHIVAT et MIRATON. En 1913 on trouve dans le commerce une nouvelle eau de table moins concentrée la "Châtel-Guyon source légère"



La collection personnelle du docteur Jean-Baptiste Chareyras